Partager la publication "L’effectivité de la prise de congés payés : ce n’est pas une option, c’est une obligation"

L’obligation pour l’employeur de permettre la prise des congés
L’employeur a plusieurs obligations en matière de gestion des congés :
- Informer le salarié de son droit à congé et du nombre de jours acquis. Cette information peut être fournie par le bulletin de paie ou via un affichage collectif.
- Organiser les départs en congé en tenant compte des souhaits du salarié et des nécessités de service. Un refus ne peut être motivé que par des raisons objectives (article L. 3141-16 du Code du travail).
- Fixer les dates de congés en concertation avec le salarié et en respectant un délai de prévenance (article D. 3141-5 du Code du travail).
- S’assurer que les congés sont pris. Le simple fait de permettre la prise des congés ne suffit pas : l’employeur doit s’assurer que le salarié prend bien ses congés.
Sanctions en cas de non-respect de cette obligation
Lorsqu’un employeur ne permet pas au salarié de prendre ses congés payés :
- Le salarié peut exiger une indemnisation compensatrice pour congés non pris (article L. 3141-28 du Code du travail).
- Un salarié privé de ses congés peut aussi obtenir une réparation du préjudice subi, notamment en cas d’épuisement professionnel.
- En cas de contentieux, l’employeur peut être condamné à des dommages et intérêts, comme illustré dans un arrêt du 22 janvier 2025. Dans cet arrêt, la Cour de cassation censure la décision de la Cour d’appel de Versailles qui avait validé le licenciement pour faute grave d’une salariée pour absence injustifiée. En effet, la salariée contestait son licenciement en invoquant des manquements de l’employeur à son droit au repos, notamment le fait qu’elle n’avait jamais pu prendre ses congés payés depuis son embauche. La cour d’appel avait rejeté cet argument, considérant que l’absence de justification d’un congé sans solde non autorisé suffisait à caractériser la faute grave. Or, la Cour de cassation rappelle que tout jugement doit être motivé (article 455 du Code de procédure civile). En ne répondant pas à l’argument essentiel de la salariée sur l’impossibilité de prendre ses congés payés, la cour d’appel a violé ce principe. Pour la Cour de cassation, s’il est exact que l’absence injustifiée rend le salarié passible d’un licenciement pour faute grave, ce n’est qu’à la stricte condition que cette absence ne soit pas liée aux manquements de l’employeur quant à l’effectivité de la prise des congés payés qui semblait faire défaut dans l’arrêt d’espèce.
L’impact sur le licenciement pour faute grave
Si un salarié s’absente en raison d’un refus injustifié de congés, l’employeur ne peut pas lui reprocher une absence injustifiée sans avoir d’abord respecté ses propres obligations. La Cour de cassation a déjà jugé que le non-respect du droit aux congés payés pouvait invalider un licenciement pour faute grave, comme dans l’arrêt précité.
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Conclusion
L’employeur ne peut pas se contenter d’accorder un droit théorique aux congés payés. Il doit garantir l’effectivité de leur prise, faute de quoi il s’expose à des contentieux lourds de conséquences. L’arrêt du 22 janvier 2025 rappelle que le non-respect du droit aux congés peut remettre en cause la validité d’un licenciement pour absence injustifiée. Une bonne gestion des congés est donc essentielle pour éviter tout litige.
Cour de cassation, chambre sociale, 22 janvier 2025, n° 23-16.282